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LE FIGARO
'Anna Osmushkina, Latvia'
28 April 2004
Riga, nouvelle
capitale de la mode Rue Elisabete. Rue
Alberta. Le visiteur parcourt les grands boulevards de Riga,
capitale de la Lettonie, les yeux rivés sur les centaines de
bâtiments Art nouveau signés, entre autres, Eisenstein père. Cet
extravagant éventail du Jugenstil, longtemps laissé à l'abandon,
a retrouvé son cachet. Les appartements qui abritaient jusqu'à
trois familles avant l'indépendance en 1991 se sont transformés
en bureaux et duplex cossus. A leur pied, boutiques de luxe,
restaurants ethniques, boîtes de nuit branchées. Comme pour
forcer leur destin européen, inéluctable depuis le «oui» massif
donné au référendum du 20 septembre 2003, les Lettons se livrent
avec plaisir au modèle de consommation occidental et à ses
signes les plus ostentatoires. Une manière, sans doute, pour
cette terre de transit entre l'Europe et la Russie, d'exorciser
l'occupation soviétique marquée par l'immigration massive de 500
000 russophones.
Même l'industrie de
la mode, summum de la frivolité capitaliste, n'a presque plus
rien à envier à Paris ou à Milan.
Il faut passer par
le 9 rue Blaumana pour mieux le comprendre. Là travaille la
créatrice la plus en vogue des Etats baltes, Anna Omushkina.
Assistée de son
mari, Vladimir, elle passe en revue les derniers préparatifs de
la présentation de ses collections haute couture et
prêt-à-porter. L'entrée de la boutique, fermée à clé, est gardée
par un colosse.- Lorsque nous avons ouvert, en 1996, nous étions
constamment envahis par des clientes qui manquaient de défaillir
à la vue des étiquettes. Aujourd'hui, nous ne recevons que sur
rendez-vous, sourit Vladimir.
Personnalités politiques locales, businessmen et stars du
show-biz peuvent franchir le perron de la maison Omushkina. Les
prix quasi prohibitifs des tenues (certaines atteignent 20 000
euros) expliquent que l'essentiel des créations s'arrache sous
d'autres cieux : en Russie, en Asie, aux Etats-Unis et au
Moyen-Orient.
Dans une
Lettonie envahie par les enseignes occidentales, le défi de la
conquête du marché intérieur en découragerait plus d'un. Pas les
Omushkina, bien décidés à ancrer la viabilité économique de leur
entreprise dans le prêt-à-porter en se servant des créations
haute couture comme d'une prestigieuse carte de visite. Seul
vague à l'âme : la stricte logique commerciale veut que la
maison se rapproche des centres névralgiques de la création que
sont Paris, Londres, New York ou Milan. Difficile d'attirer
l'attention des professionnels du secteur sur Riga.
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